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Dick avait choisi un modèle Guzzi le Mans pour s’aligner avec les autres coureurs, dans la catégorie « motos classiques ». Cet achat avait grevé le budget familial plus que de raison et il attendait le jour de l’épreuve avec l’espoir d’empocher une prime qui payerait une partie des sommes qu’il avait dû emprunter. Et se raccommoder définitivement avec sa femme. La moto avait été démontée et remontée plusieurs fois, les éléments du moteur vérifiés minutieusement. Puis il avait fallu investir dans plusieurs trains de pneus, ce qui avait encore plombé ses finances. Et voilà que maintenant, c’était l’allumage qui déconnait. Une panne de bobine, il a pensé, en commençant une nouvelle fois à démonter le réservoir : desserrer les cables, dévisser les écrous … De temps en temps, il jetait un regard à Julia et la petite Flore, les deux amours de sa vie. Assises dans les tribunes, tout près du paddock, elles ne perdaient rien du manège de Dick, touchées toutes les deux par la sollicitude qu’il montrait à l’égard de sa machine, la précision de ses gestes. Aurait-il le temps de tout remonter avant le départ de la course ?
L’air vibrait maintenant des derniers vrombissements des moteurs. Une odeur d’huile brûlée et d’essence flottait autour de la piste, ajoutée aux vibrations de la lumière de l’été gersois. Sur la ligne de départ, tous les pilotes avaient enfourché leur moto et faisaient chauffer les moteurs, bruyamment. Julia et Flore cherchaient des yeux la combi jaune citron de Dick sans la trouver. Mais c’est quand il s’était assis à leur côté en soufflant « Ce sera pour la prochaine fois, elle refuse de démarrer », qu’elles ont su toutes les deux que le trajet retour dans le camion allait être particulièrement long et silencieux.
Nogaro 3 août 2008
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